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Employés dans des centres de données. Photo : Microsoft

Le grand défi pour l’Aragon, avec ses 70 milliards d’euros : préserver les investissements et 35 000 emplois sans s’effondrer

D’après l’étude présentée ce jeudi à la Chambre de commerce, les 43 investissements stratégiques réalisés avec DIGA représentent plus de 140 % du PIB régional. Ils nécessiteront la création de 35 000 emplois en seulement trois ans.

Eduard Peralta Álvarez vendredi, janvier 23, 2026 / 09:24

Il s’agit d’un moment charnière sur le plan économique. L’Aragon se prépare aux défis et aux opportunités que présentent les 43 investissements stratégiques déclarés d’intérêt régional au sein de la Communauté , qui totalisent déjà près de 70 milliards d’euros (69,284 milliards exactement) en phase de construction (CAPEX) et dépassent 140 % du PIB de l’Aragon.

La Fondation Basilio Paraíso , liée à la Chambre de Commerce de Saragosse , a présenté jeudi son dernier rapport sur l’impact des investissements stratégiques dans la capitale aragonaise. Ce rapport, qui quantifie pour la première fois l’effet global de ces projets sur l’économie régionale, complète l’étude présentée en septembre sur l’influence du déploiement des centres de données en Aragon.

TSUNAMI D’EMPLOI

Le rapport présente une projection détaillée de la phase de construction et situe l’impact principal sur la période de quatre ans allant de 2026 à 2029, avec un tournant en 2026 où l’investissement doublera par rapport à 2025, passant d’environ 3,5 milliards d’euros à près de 7 milliards d’euros. Il s’agit donc déjà d’un enjeu actuel qui ne fera que s’amplifier dans les années à venir.

Le bond le plus frappant concerne l’emploi : de 15 182 emplois maintenus en 2025, il atteindra 50 031 en 2028 , année où convergeront des projets tels que les grands centres de données d’Amazon et de Microsoft, la gigafactory Stellantis-CATL ou les usines d’hydrogène vert.

Cette augmentation représente 35 000 emplois supplémentaires en seulement trois ans , dont 52 % dans le secteur de la construction et des matériaux et 39 % dans les services techniques et professionnels. Parmi les profils les plus recherchés figurent les ouvriers du bâtiment, les soudeurs, les monteurs industriels, les installateurs électriciens et les ingénieurs de projet. Ce sera l’un des principaux défis à relever pour l’Aragon , une région où le chômage actuel est déjà structurel.

Des tensions sont à prévoir, notamment dans le secteur de la construction, où le boom immobilier commence à peser sur les finances publiques. La Fondation souligne également que ce rapport, qui alerte déjà sur cette situation, ne prend pas en compte d’autres projets sans autorisation d’étude d’impact environnemental (EIE), comme l’implantation de Leapmotor en Aragon ou la construction du nouveau stade de Romareda.

L’ANNÉE 2028, L’ANNÉE DES GRANDS CHIFFRES

L’année 2028 s’annonce comme une année record pour l’activité, avec l’ensemble des investissements stratégiques générant 2,844 milliards d’euros de valeur ajoutée brute ( VAB ), soit 5,8 % du PIB régional, et soutenant plus de 8 % de l’emploi total en Aragon. Le rythme et la simultanéité de ces projets contrastent fortement avec les années précédentes et complexifient considérablement la logistique et la gestion.

La Fondation s’attache également à renforcer la capacité des entreprises locales, notamment des PME, à s’intégrer à la chaîne de valeur de ces projets. Le secteur de la construction représente 8,705 milliards d’euros de valeur ajoutée brute (43 % de l’impact total), tandis que les services techniques et professionnels représentent 5,723 milliards d’euros (28 %).

UN DÉFI POUR LES PME ET BIEN PLUS QUE DE SIMPLES CENTRES DE DONNÉES

Le rapport souligne que toutes les PME aragonaises ne disposent pas des structures techniques, financières ou organisationnelles nécessaires pour rivaliser avec les entreprises extérieures à la région. Capter une part plus importante de ce volume d’affaires est essentiel pour garantir que la richesse créée reste dans la région et ne soit pas délocalisée.

« Le rapport souligne qu’il s’agit d’une opportunité historique, mais aussi d’un défi : le maintien de l’impact en Aragon dépendra de la disponibilité de main-d’œuvre, de capacités industrielles et logistiques, de services qualifiés et d’une gestion stratégique qui évite les goulets d’étranglement », a déclaré Óscar Lobera, auteur de l’étude.

Bien que l’attention médiatique de ces derniers mois se soit largement concentrée sur l’attraction des grands centres de données, il a été souligné que ce rapport élargit son champ d’application pour inclure tous les investissements majeurs réalisés par les Groupements d’investissement numérique (DIGA) actuels et quantifie leur impact global. Ces projets comprennent non seulement les pôles technologiques, mais aussi des initiatives de grande envergure telles que le projet Toro (la gigafactory de CATL et Stellantis) et d’autres projets d’énergie propre.

DÉFIS ET CONCLUSIONS

Le document identifie huit défis spécifiques – allant de l’emploi et de la taille des entreprises à la coordination, aux infrastructures critiques et au coût d’opportunité – et propose sept axes d’action afin qu’Aragon puisse maximiser l’impact conservé sur le territoire et ne pas perdre en compétitivité par rapport aux autres régions qui sont également en concurrence pour les investissements mondiaux.

En résumé, il dresse le portrait d’une Aragon offrant de profondes opportunités de transformation économique, conditionnées toutefois par la capacité à formuler des réponses cohérentes en matière de formation, de logistique et de stratégie pour soutenir une croissance qui pourrait marquer une nouvelle étape pour le tissu productif et social de la Communauté.